Jardins - 2000

75 x 54

1995 - Coulures n°3

195 x 114

1995 - Traces

195 x 114

2000 - Clôture

162 x 114

 

Michel Arnaudiés

1990 - 2000

Une page blanche
un premier mot vert
je suis
chez mon ami peintre

Je le vois trop peu
Ce qu'il peint aussi
je le vois trop peu
je meurs d'envie de le voir mieux

Des arbres une foule de plantes
entrent comme nous
dans sa maison son atelier
le soleil enrichit les murs
la lumière verte
rend libre de tout

Une page blanche
avant le premier mot
n'a l'air de rien
plane immobile lisse
Pour qui la connaît
a l'instant où
elle se décide à vivre
elle n'est qu'impatience
tensions et frissons
l'avenir d'un mot est une de ces bulles
qui la soulèvent comme
la peau d'un lait au feu
de toute leur force incertaine
vous ne la voyez pas vous ne les voyez pas
attendez

Ce poète met au mur
des pages blanches d'un mètre carré
deux mètres
trois peut-être plus
avant les mots

L'invisible agrandi
est plein de questions
à nous poser

C'est ainsi en tout cas
que je le vois

Toutes les couleurs du monde
mandatent le blanc
la plus modeste seule élue

Toutes les couleurs sont à vous en vous
toutes leurs pointes et crêtes prêtes
pour qui les mérite

Tous les peintres
de cent siècles
et cinq cent pays
aujourd'hui
se réfugient dans cet igloo
ce feu de glace
y confrontent formes et fulgurances

L'éblouissement est à l'ordinaire
des champs de neige jamais vus
ces vierges éternelles
notre plaine sous Canigou
ruissellements sur ardoises
trop d'arbres trop fleuris
des reflets fuyants de feuilles ou d'herbes

La plus petite herbe
a moins d'ignorance que de conversation
elle vous aveugle à toute minute
pour peu que vous tourniez bien le ciel
comme il faut

Qu'attendez-vous de nous
en nous ces galops sans chevaux
ces femmes plus nues

ces caresses sous la chair
ces tempêtes plus hautes
que les vents
quel mot va se servir
dans l'oeil de ce tourbillon
quel autre s'allonger dans ce sillon
quel appeler à lui l'alexandrin des mers
le plus simple artiste les plus grands couturiers
aiment le plus la nudité
des femmes des hommes
des choses

Innombrable blanc
du gris terne au brillant d'argent
et le moindre relief
a ses éclairs et ses ombres
il ne nous quitte pas des yeux
quand vous passez devant lui
ou repassez
quand vous coupez le soleil
en deux
au passage
quand vous prenez de haut
ou de bas
ces arabesques
cette grande musique de lignes et d'ensembles
ces inadvertances d'un pinceau ou couteau
et nous que sommes-nous que ces allusions du hasard

Même la toile parfois s'y blesse
elle montre ses paupières
sous trois larmes blanches
une plaie
et ses grottes de sang blanc
c'est au fond d'une
ce ces déchirures
que j'ai vu un bleu impossible
qui n'existe pas
j'ai cru à une erreur je suis revenu
il y était toujours
d'autres après moi l'ont vu
il y est peut-être toujours pour vous
peut-être plus
je ne cesserai de le crier
j'ai vu la naissance d'un bleu
qui ne doit rien au bleu du ciel
ou de si loin
Au point qu'il faut rassurer un peu
aux lisières de nos folies
je ne suis que toile
la preuve ce coin qui pend
ce revers avéré
brut
A la rigueur un air de dentelle
chiffonnée
une moquerie de dentelle
qui rappelle tout un chemin
sur cette toile ont flotté d'abord des bois collés
des brindilles des branches mortes
des chiffons
sans apprêts
de vieux visages aimés
en d'autres vies
puis elle a eu besoin
de jeux de vitres
en souvenir de quoi
elle est parfois encore
fenêtre sous la pluie
ou miroir douteux
dont seul le cadre ose se peindre
Accordez importance aux riens
la mince vague sur le sable
aux aveux sans cesse repris
redits avec plus de force
ou moins
Cette peinture est à l'image
ce que poésie est au silence

André Still . (de l'Académie Goncourt)

 

Jardins - 2000

130 x 97

 

La Chaise - 2000

162 x 114

 

Jardin n°7 - 2000

146 x 97

 

Tonnelle - 2000

100 x 73